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Assurance professionnelle - erreurs que les dirigeants font

Janine Maurice 20 juillet 2026 5 min
Assurance professionnelle - erreurs que les dirigeants font — illustration de l'article

En assurance professionnelle, la plupart des erreurs ne se paient pas à la signature, mais le jour du sinistre — et l’une d’elles, la fausse déclaration d’activité, peut même rendre le contrat purement et simplement nul (article L113-8 du Code des assurances). Un dirigeant regarde son assurance deux fois : quand il signe, et quand un problème arrive. Entre les deux, le contrat dort — et c’est souvent là que se logent les mauvaises surprises. Voici les sept erreurs les plus fréquentes, et comment les éviter avant qu’elles ne coûtent cher.

À retenir

  • Sous-assurer pour payer moins déclenche la règle proportionnelle de capitaux : vous êtes indemnisé au prorata de ce que vous avez assuré (art. L121-5).
  • Une déclaration d’activité fausse et intentionnelle peut rendre le contrat nul (art. L113-8).
  • Ce sont les exclusions, plafonds et franchises qui décident de votre indemnisation réelle — pas la page de garde.
  • Toute évolution de l’activité se déclare à l’assureur, en principe sous 15 jours.
  • Doublons de garanties : vous payez deux fois, mais vous ne serez jamais indemnisé deux fois.

1. Sous-assurer son activité pour payer moins cher

C’est l’erreur la plus courante, et la plus coûteuse. Pour alléger la cotisation, on déclare des valeurs ou un chiffre d’affaires en dessous de la réalité, ou on choisit des plafonds trop justes. Tant qu’il ne se passe rien, personne ne le voit.

Le problème surgit au sinistre. Le Code des assurances pose une règle implacable : si la valeur réelle du bien dépasse la somme assurée, « l’assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l’excédent » (art. L121-5). Autrement dit, vous êtes indemnisé au prorata de ce que vous avez assuré. Assuré à 60 % de la vraie valeur ? Vous touchez 60 % du dommage. Le reste sort de votre trésorerie.

Impact de la sous-assurance sur l'indemnisation Pour un même sinistre de 30 000 €, l'indemnité tombe à 18 000 € si le bien est assuré à 60 % de sa valeur, et à 12 000 € s'il ne l'est qu'à 40 %. 30 000 € Assuré à 100 % 18 000 € Assuré à 60 % 12 000 € Assuré à 40 %
Indemnisation d'un même sinistre de 30 000 € selon le niveau de couverture du bien (valeur réelle 100 000 €). La règle proportionnelle de capitaux réduit l'indemnité à hauteur de la sous-assurance. Source : art. L121-5 du Code des assurances.

Économiser quelques centaines d’euros de prime peut ainsi coûter des dizaines de milliers d’euros le jour venu. Avant de baisser vos montants, vérifiez plutôt si vous êtes correctement couvert, ni trop ni trop peu.

2. Déclarer son activité de façon inexacte ou incomplète

Votre contrat repose entièrement sur ce que vous avez déclaré : nature de l’activité, sous-traitance, chiffre d’affaires, locaux, effectif. Se tromper là-dessus — ou « oublier » un pan de l’activité — n’est pas une simple formalité.

La sanction dépend de votre intention. Une fausse déclaration intentionnelle qui change l’objet du risque rend le contrat nul, et les primes déjà versées restent acquises à l’assureur (art. L113-8). Même de bonne foi, une omission ou une inexactitude découverte après coup entraîne une réduction de l’indemnité, « en proportion du taux des primes payées » par rapport à celles qui auraient dû l’être (art. L113-9).

Dans les deux cas, c’est au moment du sinistre que la note tombe. Une déclaration exacte et complète reste votre première protection contre un refus ou une réduction d’indemnisation.

3. Ignorer les exclusions et les plafonds

« J’ai une RC pro, donc je suis couvert. » Pas si vite. Entre la promesse de la page de garde et ce que l’assureur versera vraiment, il y a trois filtres : les exclusions, les plafonds et la franchise.

Les exclusions retirent certains risques de la garantie. La loi impose qu’elles soient « formelles et limitées » pour être valables (art. L113-1) — encore faut-il les repérer. Cyber, sous-traitance, dommages immatériels non consécutifs, pénalités contractuelles : ces trous de couverture sont souvent explicitement prévus. Les plafonds, eux, fixent le maximum versé par sinistre ou par an ; un plafond trop bas laisse une part du préjudice à votre charge, exactement comme la sous-assurance. Passez ces deux rubriques au crible avant de signer : c’est là, et non sur la première page, que se joue ce que votre garantie couvre réellement.

4. Empiler des garanties en double

À force de cumuler les contrats — multirisque pro, RC incluse ici, extension là, garantie de la carte bancaire, assurance affinitaire d’un fournisseur —, on finit par payer plusieurs fois la même protection. Or l’assurance de biens est un contrat d’indemnité : « l’indemnité due par l’assureur à l’assuré ne peut pas dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre » (art. L121-1).

Traduction : deux contrats sur le même risque ne vous rembourseront jamais deux fois. Vous payez double, vous touchez simple. Supprimer ces doublons est l’un des gains les plus faciles sur une cotisation — à condition de les voir. D’où l’intérêt de détecter les garanties en double contrat par contrat.

5. Ne pas actualiser son contrat quand l’activité évolue

Nouveau service, nouveau marché, embauche, local supplémentaire, chiffre d’affaires qui double : l’entreprise bouge. Le contrat, lui, est resté figé à sa date de signature. Résultat classique : une activité partiellement couverte, voire plus couverte du tout.

Ce n’est pas qu’une bonne pratique, c’est une obligation légale. L’assuré doit déclarer « les circonstances nouvelles qui ont pour conséquence soit d’aggraver les risques, soit d’en créer de nouveaux », en principe dans un délai de quinze jours à compter du moment où il en a connaissance (art. L113-2). Négliger cette mise à jour, c’est risquer un sinistre non garanti. Le bon réflexe reste un point annuel sur vos contrats, pour que l’assurance suive l’entreprise, et non l’inverse.

6. Négliger sa RC pro et sa prévoyance

Deux protections passent souvent à la trappe, pour des raisons opposées.

La responsabilité civile professionnelle couvre les dommages que votre activité peut causer à un client ou à un tiers. Elle est même obligatoire pour de nombreuses professions réglementées : santé, droit, bâtiment (avec l’assurance décennale), immobilier… (service-public.fr). L’oublier, c’est exposer son patrimoine, et parfois exercer dans l’illégalité. Faites le point sur votre RC pro selon votre métier.

La prévoyance, elle, protège le dirigeant lui-même : arrêt de travail, invalidité, décès. Un indépendant qui s’arrête sans prévoyance voit ses revenus s’effondrer, là où le régime obligatoire ne couvre que peu de chose. C’est pourtant la colonne vertébrale d’une protection sociale de dirigeant bien pensée.

7. Mal choisir sa franchise

La franchise, c’est la part de chaque sinistre qui reste à votre charge. Une cotisation attractive cache souvent une franchise élevée : vous économisez sur la prime toute l’année, puis vous découvrez le montant à assumer le jour du sinistre.

L’inverse existe aussi : une franchise très basse gonfle la prime pour un bénéfice discutable si vous déclarez rarement. Il n’y a pas de bon chiffre dans l’absolu, seulement un arbitrage entre prime et reste à charge, à caler sur votre trésorerie et votre exposition réelle. Avant de signer, regardez la franchise garantie par garantie : notre guide de la franchise d’assurance explique comment la lire.

Comment éviter ces sept erreurs ?

Voici les sept pièges en un coup d’œil, avec le réflexe qui les désamorce :

ErreurCe qu’elle vous coûteLe bon réflexe
Sous-assurer son activitéIndemnité réduite au prorata (règle proportionnelle)Assurer à la vraie valeur
Déclaration inexacte ou incomplèteNullité du contrat ou réduction d’indemnitéDéclarer avec exactitude
Ignorer exclusions et plafondsSinistre non couvert ou mal couvertLire les conditions avant de signer
Empiler des garanties en doubleDouble cotisation, remboursement uniqueTraquer les doublons
Contrat non actualiséActivité récente non garantieMettre à jour à chaque évolution
RC pro ou prévoyance négligéePatrimoine et revenus exposésCouvrir l’entreprise et le dirigeant
Franchise mal calibréeReste à charge imprévuArbitrer prime contre franchise

Un fil rouge relie ces sept pièges : ils naissent d’un contrat qu’on signe sans le lire, puis qu’on oublie. On ne pilote pas une entreprise à l’aveugle ; pourquoi le faire avec ses assurances ?

La parade tient en trois réflexes : déclarer son activité avec exactitude, relire chaque année exclusions, plafonds et franchises, et faire évoluer ses contrats en même temps que l’entreprise. Astérisque met vos contrats professionnels en langage clair — garanties, exclusions et montants — pour repérer d’un coup d’œil les zones de risque et les doublons. Découvrir la lecture en langage clair.

Ce guide fait partie de notre dossier sur l’assurance professionnelle.

Questions fréquentes

Que risque un dirigeant en cas de fausse déclaration à son assureur ?

Si la fausse déclaration est intentionnelle et modifie l’appréciation du risque, le contrat est nul et les primes versées restent acquises à l’assureur (art. L113-8 du Code des assurances). De bonne foi, il n’y a pas de nullité, mais l’indemnité est réduite en proportion des primes réellement payées (art. L113-9).

Qu’est-ce que la sous-assurance et la règle proportionnelle ?

C’est le fait d’assurer un bien pour une valeur inférieure à sa valeur réelle. Au sinistre, l’assureur applique la règle proportionnelle de capitaux : vous êtes indemnisé au prorata de ce que vous avez assuré (art. L121-5). Un bien assuré à 60 % de sa valeur n’est indemnisé qu’à 60 %.

La responsabilité civile professionnelle est-elle obligatoire ?

Pour de nombreuses professions réglementées, oui : santé, droit, bâtiment (assurance décennale), immobilier… (service-public.fr). Pour les autres activités, elle n’est pas imposée par la loi mais reste vivement recommandée, car elle protège votre patrimoine en cas de dommage causé à un tiers.

Faut-il prévenir son assureur quand l’activité change ?

Oui. Toute circonstance nouvelle qui aggrave le risque ou en crée un nouveau doit être déclarée, en principe dans les quinze jours (art. L113-2). À défaut, le sinistre lié à ce changement non déclaré peut ne pas être couvert.

Deux assurances qui couvrent le même risque, est-ce utile ?

Non. L’assurance de biens est un contrat d’indemnité : vous ne pouvez pas être indemnisé au-delà de votre préjudice réel (art. L121-1). Vous payez donc deux fois pour un seul remboursement — d’où l’intérêt de traquer les doublons de garanties.

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