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Assurance professionnelle

Décennale : quels métiers du bâtiment sont concernés ?

Janine Maurice 20 juillet 2026 5 min
Outils de chantier, niveau et casque, illustrant les métiers concernés par l'assurance décennale

La décennale s’impose à tout professionnel dont les travaux touchent la solidité ou la destination d’un ouvrage : maçons, charpentiers, couvreurs et terrassiers pour le gros œuvre ; plombiers, électriciens, chauffagistes, carreleurs, menuisiers ou plaquistes pour le second œuvre. Le critère n’est pas l’étiquette du métier, mais la nature des travaux. La loi vise « tout constructeur » — architecte, entrepreneur, technicien ou toute personne liée au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage (article 1792-1 du Code civil) — et lui impose une assurance couvrant sa responsabilité décennale, à justifier dès l’ouverture du chantier (article L241-1 du Code des assurances).

À retenir

  • Le métier ne décide de rien : c’est l’impact des travaux sur l’ouvrage qui déclenche la décennale.
  • Gros œuvre concerné : maçons, charpentiers, couvreurs, terrassiers.
  • Second œuvre concerné : plombiers, électriciens, chauffagistes, carreleurs, menuisiers, plaquistes.
  • La loi couvre « tout constructeur » et exige l’attestation dès l’ouverture du chantier (art. L241-1).
  • Quelques ouvrages sont exclus de l’obligation — voirie, réseaux, ouvrages maritimes ou routiers (art. L243-1-1).

Le métier ou les travaux : qu’est-ce qui déclenche la décennale ?

On croit souvent que la décennale se rattache à un métier. En réalité, elle se rattache aux travaux. Dès qu’une intervention peut compromettre la solidité de l’ouvrage ou le rendre impropre à sa destination, elle entre dans le champ de la garantie — c’est la lettre même de l’article 1792 du Code civil, qui rend le constructeur « responsable de plein droit » pendant dix ans à compter de la réception.

Conséquence directe : deux professionnels du même métier peuvent être concernés différemment selon les chantiers. Ce qui compte, c’est de réaliser des travaux de construction formant un ouvrage, ou un élément qui fait corps avec lui. Voilà pourquoi des corps de métier très différents se retrouvent soumis à la même obligation.

Quels métiers du gros œuvre sont concernés ?

Le gros œuvre, c’est tout ce qui tient le bâtiment debout. Les professionnels qui l’exécutent touchent directement la structure : difficile de faire plus « solidité de l’ouvrage ».

  • Maçon : fondations, murs porteurs, dalles et planchers.
  • Charpentier : charpente, ossature bois, structure de toiture.
  • Couvreur : toiture et étanchéité de couverture, dont un défaut rend vite le bien impropre à l’habitation.
  • Terrassier : terrassement et assises sur lesquelles repose l’ensemble.

Pour ces métiers, la question ne se pose quasiment jamais : leurs travaux relèvent de la décennale.

Quels métiers du second œuvre doivent une décennale ?

Le second œuvre est moins intuitif, et c’est là que se logent la plupart des erreurs. Un équipement peut relever de deux garanties différentes selon qu’il est indissociable ou non de la construction. S’il fait corps avec l’ouvrage — impossible à retirer sans le détériorer —, il entre dans la décennale (article 1792-2 du Code civil). S’il peut être déposé sans dégât, il bascule vers la garantie biennale de bon fonctionnement (article 1792-3).

Concrètement, plombiers, électriciens, chauffagistes, carreleurs, menuisiers et plaquistes sont concernés dès que leurs travaux affectent l’étanchéité, l’isolation ou un équipement intégré au bâti. Une canalisation encastrée qui fuit, un plancher chauffant défaillant, une chape qui se fissure : autant de désordres qui peuvent rendre le logement impropre à sa destination.

Récapitulatif : quel métier pour quels travaux ?

Corps de métierCatégorieTravaux qui engagent la décennale
MaçonGros œuvreFondations, murs porteurs, dalles
CharpentierGros œuvreCharpente, ossature, structure de toit
CouvreurGros œuvreToiture, étanchéité de couverture
TerrassierGros œuvreTerrassement, assises du bâti
PlombierSecond œuvreCanalisations encastrées, évacuations
ÉlectricienSecond œuvreInstallation électrique intégrée au bâti
ChauffagisteSecond œuvreChauffage central, plancher chauffant
CarreleurSecond œuvreChape, carrelage, étanchéité de sol
MenuisierSecond œuvreFenêtres, portes et fermetures posées
PlaquisteSecond œuvreCloisons, doublages, isolation intérieure

Le fil rouge de ce tableau : chaque ligne décrit des travaux qui forment un ouvrage ou un élément indissociable du bâti. Le lexique de la décennale reprend ces notions si besoin.

Quels travaux échappent à l’obligation de décennale ?

Tout n’entre pas dans la décennale. Trois cas se distinguent nettement :

  • Les équipements dissociables, que l’on peut déposer ou remplacer sans abîmer l’ouvrage (radiateur mobile, volet, ballon d’eau chaude amovible), relèvent de la garantie biennale, pas de la décennale (art. 1792-3).
  • Certains ouvrages sont exclus par la loi : ouvrages maritimes, lacustres et fluviaux, infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires ou ferroviaires, voiries, réseaux et canalisations — sauf lorsqu’ils sont l’accessoire d’un ouvrage lui-même soumis à l’obligation (art. L243-1-1 du Code des assurances).
  • Les travaux purement décoratifs ou d’entretien courant, qui ne créent aucun ouvrage et ne touchent ni la solidité ni la destination du bâti, restent hors du champ décennal — ils peuvent en revanche engager la responsabilité civile professionnelle.

La frontière n’est pas toujours nette. Un même carreleur relèvera de la décennale pour l’étanchéité d’une salle de bains, mais pas pour la pose d’une simple faïence décorative sans rôle d’étanchéité.

Un doute sur votre situation ?

En cas d’hésitation, le réflexe le plus sûr est de partir des travaux, pas de l’intitulé de votre activité : tout ce qui peut affecter durablement l’ouvrage appelle une décennale. Le manquement coûte cher — jusqu’à 75 000 € d’amende et six mois d’emprisonnement pour défaut d’assurance. Pour le cadre général, voyez notre guide pour comprendre l’assurance décennale ; pour l’indépendant, le cas de la décennale en auto-entrepreneur.

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Ce guide fait partie de notre dossier pour l’assurance professionnelle.

Questions fréquentes

Quels métiers doivent une assurance décennale ?

Tous ceux dont les travaux affectent la solidité ou la destination de l’ouvrage : maçons, charpentiers, couvreurs, plombiers, électriciens, carreleurs, menuisiers, plaquistes, et certaines activités multiservices liées au bâtiment.

Un électricien ou un plombier est-il concerné ?

Oui. Leurs interventions touchent des éléments indissociables de la construction et peuvent en compromettre la destination. La décennale est donc obligatoire, comme pour les métiers de gros œuvre.

Les métiers de finition sont-ils concernés ?

Souvent oui, dès que les travaux peuvent affecter la destination de l’ouvrage. Un carreleur ou un peintre intervenant sur l’étanchéité ou l’isolation entre dans le champ. Le critère est l’impact sur l’ouvrage, pas l’étiquette du métier.

Le critère, c’est le métier ou les travaux ?

Ce sont les travaux. La décennale s’applique dès que l’intervention touche la solidité de l’ouvrage ou le rend impropre à sa destination. Deux professionnels du même métier peuvent être concernés différemment selon les chantiers.

Un homme toutes mains doit-il une décennale ?

Dès qu’il réalise des travaux de bâtiment touchant la structure ou la destination de l’ouvrage, oui. Les activités multiservices liées au bâti sont concernées au même titre que les métiers spécialisés.

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